Jeunes
pousses de printemps
Utilisant comme modèle un processus
"créatif-germinatif",
plutôt que "guerrier-destructeur",
j'ai conçu nos flèches sur le principe de
croissance des jeunes pousses de printemps.
Ces petits dards verts qui traversent l'écorce
épaisse, fendent les dalles de béton ...
Mais
qui, pourtant, d'une pichenette du doigt peuvent
être brisés.
Il y a là un mystère qui m'a toujours
émerveillé, ces petits cônes
végétaux enroulés sur eux-mêmes, ces bourgeons
pointus, tout à la fois si délicats et si
puissants.
Pareillement,
nos flèches sont réalisées à partir de fines
feuilles végétales ou synthétiques, légères
comme des voiles dans le vent...
s'enroulant sur elles-mêmes en mouvements
hélicoïdaux, s'étirant en spirales logarithmiques
telles des coquillages ou des cornes de bovidé...
réalisant ainsi des cônes tout à la fois très
délicats... et très puissants !
Même immobile,
l'esprit du cône... vole
Ces flèches
tout comme les sarbacanes dans lesquelles
elles se glissent, sont tout à la fois féminines
et masculines au même instant. En effet, nos
flèches sont creuses et lorsque notre jet
de souffle se glisse dans le ventre de la
flèche, au même instant, à l'extérieur, cet
acte de réceptivité féminine se manifeste
par une dynamique de
pénétration masculine. Alors que le cône accueille
notre énergie dans la féminité de son creux,
il la dynamise masculine en pointe jaillissante.
Féminin-Masculin,
liés en un seul souffle.
L'énergie
yang
de pénétration de la flèche est engendrée
par un acte de réceptivité yin. Ici d'évidence le secret du yang est au coeur du yin.
Ces qualités parfaitement combinées
du yin et du yang, absolument au même instant
dans un tai chi instantané, font de ces flèches
un parfait symbole pour illustrer la dimension
transparadoxale
de la Voie du Sarbacana.
*
Grace
à leur creux, elles peuvent s'emboîter, s'accueillir
les unes dans les autres. >>>
> Flèche entonnoir qui
guide le souffle > vers le centre de la
cible > Cornet de papier qui enveloppe
notre souffle intime, pour le porter jusque
dans l'intimité de la cible...
Tout comme la parole porte là-bas,
voilà que notre souffle porte là-bas.
Notre
respiration cessant d'être perçue comme un
phénomène seulement intérieur au corps.
*
A chaque Kata,
nous soufflons des flèches de trois couleurs
différentes. Les flèches visées sur la droite
n'ayant pas la même couleur que celles visées
par la gauche ou de face, nous obtenons sur
la cible un diagramme tricolore. Ce tai-chi
des flèches plantées dans le mandala de la cible, illustre et décrit parfaitement
nos équilibres et déséquilibres dans notre
bilatéralisation, et les corrections à effectuer.
Avant chaque session, les pratiquants
confectionnent leurs propres flèches (voiles).
L'esprit, l'élégance et la sérénité dans lesquels
sont accomplis les gestes qui donnent forme
à nos voiles font partie des fondements de
la voie du Sarbacana.
Exact Mudrâ, jusqu'au bout des doigts, qui, glissant
une plate feuille dans son geste spiral,
lui fait quitter le plan plat, pour l'enrouler
dans la densité de la troisième dimension.
L'attention
du Sarbacanaka participe des plus fines nuances
de cette transmutation.
Les flèches ( poids: entre 7g et
10g, longueur: 30cm jusqu'à
50cm) sont placées aux deux poignets, glissées sous des "serre-poignets"
en tissu élastique (du type de ceux utilisés
pour le tennis.)
Il
s'avère que ce positionnement des flèches
est idéalement ergonomique pour faciliter
les manipulations de saisies de flèches et
d'insertions dans la sarbacane durant le kata.
De
plus, placées de cette manière, elles ne gênent
en rien les mouvements. Cet "éventail"
de flèches s'articule sur les mouvements du
poignet de façon totalement naturelle, comme
si ces flèches étaient des parures de plumes
qui auraient poussé sur notre peau.
JJuste pour infos (et pour rectifier le "tir") :
Flèches de sarbacane japonaises ?
Ces flèches en forme de cornet ne sont nullement « Japonaises» comme nous avons pu les voir absurdement nommées et attribuées par ailleurs. Sous nos latitudes, vos pères, vos grands-pères et grands-mères savaient déjà parfaitement les confectionner. Rouler des cornets était d' un usage de chaque instant pour empaqueter en épicerie et dans la vie quotidienne … Jusqu'à nos « pochettes-surprises », cornets à glace et cornets à dragées qui se trouvent encore ainsi profilés.
Mon père, qui ma apprit ce geste d'enroulement était un « Titi parisien », élevé dans les années 1920 au cœur des halles de Paris, on lui avait appris à enrouler des cornet avec du papier journal pour toutes sortes d'usages pratiques et entre autre des cônes « plus sérés, plus étiré ! » pour servir de fléchettes à glisser dans ces tubes de cuivre qui dans une vie antérieure avaient retenu les tapis d'escaliers des immeubles bourgeois…
… Dans un temps, pas si lointain, où nos lentilles ne connaissaient pas encore le confort de l'emballage industriel, en Occident comme en Orient, toutes les mains connaissaient le geste qui concrétise un cornet à envelopper. Les flèches (voiles) Sarbacana sont issues, très exactement, de ce même geste... Réalisés en conscience, ces cornets enveloppent à présent nos jets-de-souffle.
Par contre en tant que designer j'ai travaillé plusieurs années à étudier et améliorer les paramètres de vol, d'équilibre et d'usure de ces cornets. Ainsi actuellement les qualités et performances des flèches Sarbacana sont sans équivalences et donc aucunement « Japonaise ». (Par contre, reste à vérifier si les flèches et kata utilisés actuellement au Japon dans l'usage de la sarbacane, ne sont pas, eux, «imprégnés» des recherches effectuées dans l' école du souffle Sarbacana, qui dispose depuis 15 ans de nombreux reportages à l'étranger... et présent sur le web depuis 1999)
M.L. Dioptaz
A ce propos,
rappelons que la sarbacane est une arme.
En fait, elle a la dangerosité de ce qu'elle
projette, et si les boulettes de papier
mâchés, font d'elle un jouet, ses flèches
peuvent devenir aussi dangereuses que celles
d'un arc. De ce fait, il est préférable,
et cela quels que soient les projectiles
utilisés, que son maniement
se fasse en pleine responsabilité.